LISIS
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Claire Le Renard

Ingénieure chercheure EDF R&D

Claire Le Renard est ingénieure-chercheure en sociologie à EDF R&D, SEQUOIA, département GRETS (Groupe de Recherche Energie Technologie Société), Palaiseau, et chercheure associée au LISIS où elle a soutenu sa thèse de sociologie le 6 décembre 2021.

Sa recherche ancrée dans les Science and Technology Studies porte sur des questions d’énergie et d’environnement (démarches d’expérimentations par démonstrateurs et prototypes, controverses sur les mécanismes de compensation, impacts des énergies renouvelables sur la biodiversité, … ). Elle enseigne les sciences sociales dans plusieurs cursus d’ingénieurs, dont le Génie Atomique à l’INSTN et les Master of Science and Technology de l’École Polytechnique. Symétriquement elle enseigne à Sciences Po Paris dans le module “Sciences et société”, et à Sciences Po Rennes en master.

Lien vers CV : https://cv.archives-ouvertes.fr/claire-le-renard

Lien vers page de la thèse : http://www.theses.fr/2021PESC0038

 

Présentation de la thèse intitulée Le prototype défait. Superphénix, des glissements de la promesse technoscientifique aux épreuves de la « démocratie technique ».

Depuis l’après-guerre, la technologie du réacteur à neutrons rapides, laissant entrevoir la possibilité de générer du combustible en parallèle de sa consommation, a fait l’objet de développements dans plusieurs pays. En France, ces développements ont connu leur apex avec un « prototype à l’échelle industrielle » (1200 MW) nommé Superphénix, situé à Creys-Malville (Isère). Cette technologie a suscité une abondante littérature engagée dans la controverse, mais peu d’analyses en sciences humaines et sociales. La thèse comble ce manque, grâce à une enquête minutieuse assise sur des sources orales et écrites et nourrie par un ancrage théorique dans les Science and Technology Studies (la branche des sciences sociales qui prend pour objet les sciences, techniques et l’innovation).

La manière de raconter l’histoire de Superphénix constitue un premier résultat de la thèse, alors que la cause de la fermeture du réacteur est usuellement attribuée à un accord électoral lors d’un changement de majorité en 1997. En cherchant à expliquer de la même manière la « décision de faire » et la « décision de défaire », la thèse élucide un processus continu, respectivement de stabilisation ou de déstabilisation du projet, suivi d’une décision qui clôt ce processus continu, par un couplage avec un autre enjeu de politique publique. La thèse propose ainsi un modèle de la décision, qui s’applique tout autant à la décision de faire qu’à la décision de défaire le prototype, en 1976 comme en 1997. Au contraire de ce qu’avancent souvent les acteurs, ces décisions n’ont pas un caractère soudain et imprévisible.

Un autre résultat majeur de cette thèse réside dans l’utilisation et l’approfondissement de deux concepts qui permettent d’expliquer comment les visions du futur sont produites comme moteurs du développement technologique : d’une part, le régime de l’économie des promesses technoscientifiques (Joly, 2010) ; d’autre part, les imaginaires sociotechniques (Jasanoff et Kim, 2009, 2015), et en particulier ici, un imaginaire sociotechnique qualifié de surgénérateur. La thèse complète les définitions actuelles du régime de l’économie des promesses technoscientifiques, en insistant sur la constitution du groupe des porteurs de projet et de la grammaire à travers laquelle ils relatent et interprètent les événements survenant sur le prototype.

Enfin, une originalité de cette recherche est de saisir la fermeture de Superphénix comme le résultat d’une inflexion des modalités de mise en discussion de choix scientifiques et technologiques, dans les années 1980 et 1990. Devenu dans les années 1990 un problème public échappant à ses promoteurs, le dossier Superphénix est un poste d’observation privilégié pour prendre la mesure des changements opérés dans les tentatives de mettre en œuvre la « démocratie technique » : la création d’institutions de mise en discussion des technologies, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ou la Commission nationale du débat public (CNDP), telles que nous les connaissons.

Cette thèse a aussi donné lieu à des publications :

Joly, P.-B., & Le Renard, C. (à paraître), Promesses technoscientifiques et construction des futurs : les leçons d’une exploration dans le passé. In : Dandurand, G., Lussier-Lejeune, F., Letendre, D. et Meurs, M.-J. (éd.), Attentes et promesses technoscientifiques. Montréal : Presses de l’Université de Montréal.

 

Le Renard, C. (2022), Les interprétations d’un « prototype industriel » comme révélateur de la diversité au sein du nucléaire : enseignements d’une enquête sur Superphénix ». In Bretesché, Sophie, Stéphanie Tillement, Bénédicte Geffroy, et Benoît Journé, éd. Enquêter dans le nucléaire. Collection Le sens social. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022. Pages 39 à 59. Références de l’ouvrage :
https://pur-editions.fr/product/5951/enqueter-dans-le-nucleaire 
Joly, P.-B., & Le Renard, C. (2021), The past futures of techno-scientific promises. Science and Public Policy, 48(6), 900‑910. doi.org/10.1093/scipol/scab054. Lien vers le texte de l’article

 

Le Renard, C. (2018), The Superphénix Fast Breeder Nuclear Reactor: Cross-border Cooperation and Controversies. Journal for the History of Environment and Society, Brepols, 2018, Special Issue: Siting Nuclear Installations at the Border, 3/2018, pp.107-144. ⟨https://www.brepolsonline.net/doi/abs/10.1484/J.JHES.5.116796⟩.

 

Le Renard, C. (2017), Les débuts du programme électronucléaire français (1945-1974) : de l’exploratoire à l’industriel. Revue Hérodote n°165, 2ème trimestre 2017.
http://www.cairn.info/revue-herodote-2017-2-page-53.htm