LISIS
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Romane Le Guyader

Doctorante, INRAE

Diplômée ingénieure agronome de l’AgroToulouse, je suis doctorante en économie de l’innovation au LISIS depuis septembre 2026. Sensible à la dimension appliquée de la recherche, je réalise une thèse dans le cadre du dispositif CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) proposé par l’ANRT, sous la direction scientifique de Mireille Matt (INRAE/LISIS), de Genowefa Blundo Canto (CIRAD/UMR Innovation), et avec l’encadrement de Christine Berger (IDELE) pour le volet professionnel. Ma thèse, à l’interface entre agronomie et sciences économiques et sociales, s’intitule « Déploiement de pratiques agricoles pour faire face au changement climatique en Europe : analyse des processus d’intermédiation par les chemins d’impact ». Elle est financée par le projet européen Climate Farm Demo, coordonné par l’Institut de l’Élevage (IDELE).

Ce sujet fait écho à des questionnements nés à l’issue de ma formation en agronomie : comment contribuer à des changements sur le long terme dans le cadre de la transition vers des systèmes agricoles plus résilients ? Lors de mon stage de fin d’études à l’IDELE, puis en tant que chargée de mission « Impact et projets européens » à l’ACTA – tête de réseau des instituts techniques agricoles, je me suis intéressée aux processus générateurs d’impact et aux méthodes d’évaluation formative associées, appliquées à des projets européens. Si l’utilité des connaissances produites dans le cadre de ces projets est rarement remise en question, leur caractère utilisable et leur appropriation, à travers des pratiques agricoles adoptées et adaptées par les agriculteurs, restent des questions de recherche. C’est cette zone d’ombre qui m’a conduite à construire ce projet de thèse, afin d’explorer les leviers et les processus d’intermédiation qui facilitent le déploiement de pratiques agricoles.

Résumé du projet de thèse :

A travers le programme Horizon Europe, l’Union Européenne finance des projets de coordination et de soutien afin d’accompagner le déploiement à grande échelle de pratiques agricoles pour atténuer l’impact de l’agriculture sur le changement climatique et s’y adapter. Le projet Climate Farm Demo (2022 – 2029), coordonné par l’IDELE, en est un exemple et suppose que l’apprentissage entre agriculteurs lors de démonstrations sur des fermes facilite ce déploiement. Malgré cette volonté politique, le déploiement à grande échelle des mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique se heurte à plusieurs enjeux. Tout d’abord, il nécessite une adaptation des pratiques agricoles aux contextes locaux qui peut s’avérer contraignante d’un point de vue à la fois pratique et économique. De plus, leur mise en œuvre nécessite des apprentissages, mais implique également des transformations systémiques (règlementation, modes de production, relations économiques…). Dès lors, comment accompagner les changements nécessaires au déploiement de ces pratiques ? Comprendre les processus d’intermédiation apparaît comme un enjeu central. L’hypothèse au cœur de ce projet est que tout acteur peut, à un moment donné du processus de transition, endosser ce rôle d’intermédiaire, et qu’anticiper les processus d’intermédiation est déterminant dans la structuration des chemins d’impact. Ces derniers représentent les trajectoires par lesquelles les actions des parties prenantes produisent des effets à court, moyen et long termes, contribuant ainsi aux changements nécessaires à la transition des pratiques agricoles.

La thèse s’appuie sur deux champs de littérature, encore peu articulés entre eux :

  • L’évaluation formative en temps réel de l’impact sociétal de projets, permettant d’accompagner les changements par l’anticipation de futurs désirés et des conditions permettant d’y arriver ;
  • Et les travaux sur les processus d’intermédiation et leurs dynamiques dans les transitions.

L’objectif est d’identifier les acteurs intermédiaires dans ces processus et de comprendre comment ils facilitent le déploiement des pratiques agricoles. Dans un premier temps, un travail d’adaptation des méthodes existantes d’évaluation formative en temps réel de l’impact (ASIRPA, ImpresS, Impacta) sera réalisé pour mieux intégrer les mécanismes d’intermédiation à l’œuvre. Puis les rôles de ces acteurs intermédiaires dans le déploiement des pratiques agricoles seront analysés. Enfin, les logiques d’action des agriculteurs seront étudiées afin de comprendre les changements effectivement mis en œuvre et les facteurs qui les motivent. La question de recherche a donc été formulée comme suit : Comment les processus d’intermédiation facilitent-ils le déploiement à grande échelle des pratiques agricoles adaptées au changement climatique en Europe, et dans quelle mesure les méthodes par chemins d’impact permettent-elles d’en comprendre les dynamiques et de les anticiper ? L’hypothèse de la thèse est qu’en pensant ce dispositif de manière collective et systémique avec les méthodes d’analyse par chemins d’impact, il devient possible de faire émerger des activités d’intermédiation et d’autres leviers facilitant le déploiement des pratiques. Cette thèse s’appuiera sur des cas d’étude issus du projet Climate Farm Demo, sélectionnés parmi les partenaires de terrain chargés de l’accompagnement de fermes pilotes. Plusieurs groupes d’acteurs seront étudiés, chacun accompagné par un partenaire responsable du déploiement des pratiques et disposant de son propre corpus de fermes pilotes. L’enjeu sera d’analyser, dans des contextes variés, le rôle concret des acteurs qui organisent les démonstrations, d’identifier les éléments de l’écosystème d’innovation qui émergent autour d’eux, et d’examiner les mécanismes d’intermédiation à l’œuvre.