Soutenance de thèse – Simon Léger

Le lundi 1er décembre 2025 à 14h, salle B019, Bâtiment Bienvenüe (14-20, boulevard Newton – Cité Descartes, Champs-sur-Marne).
Simon Léger soutiendra sa thèse de sociologie réalisée à l’Université Gustave Eiffel au laboratoire LISIS (UMR 9003), associé au laboratoire MoISA (UMR 1101).
Titre : « Les impacts environnementaux de l’élevage : des coalitions en lutte pour cadrer un problème global »
Jury
- M. David DEMORTAIN, Directeur de recherche, Université Gustave Eiffel — Directeur de thèse
- Mme Eve FOUILLEUX, Directrice de recherche, CIRAD — Directrice de thèse
- M. Andy SMITH, Directeur de recherche, Sciences Po Bordeaux — Rapporteur
- Mme Annabelle LITTOZ-MONNET, Professeure, IHEID — Rapportrice
- Mme Muriel FIGUIÉ, Directrice de recherche, CIRAD — Examinatrice
- M. Stefan AYKUT, Professeur, Université de Hambourg — Examinateur
Résumé
Cette thèse analyse la construction d’un problème autour des impacts environnementaux de l’élevage et des solutions qui leur sont associées, en croisant sociologie des sciences et néo- institutionnalisme. Elle étudie la mobilisation de cadrages concurrents par des coalitions d’acteurs au sein du champ, à partir d’une enquête qualitative multisituée combinant entretiens, observations ethnographiques et analyse critique des infrastructures de savoirs.
L’environnementalisation de l’élevage est d’abord portée par une coalition d’experts du secteur au sein d’organisations internationales (FAO, CGIAR, Banque Mondiale). Cherchant à inscrire cette question à l’agenda des politiques agricoles internationales, et anticipant les critiques, ces experts produisent des évaluations globales du secteur. Face au désengagement progressif des bailleurs, une fraction de la FAO publie un rapport particulièrement critique, L’Ombre portée de l’élevage (2006), visant à enrôler les mouvements environnementalistes.
Ce rapport est rapidement approprié par une coalition d’outsiders (experts en santé publique, ONG végétariennes et environnementalistes) qui, en mobilisant des analyses de cycle de vie comparant produits animaux et végétaux, promeuvent la réduction de la consommation de viande. En réaction, les organisations bovines européennes et américaines tentent un transfert de la responsabilité climatique vers les pays en développement. Une coalition dominante, soutenue par les États européens et anglo-saxons ainsi que par des organisations économiques transnationales, reprend ce transfert. Elle mobilise les mêmes instruments d’évaluation, mais pour promouvoir l’intensification comme solution d’atténuation des émissions par unité produite. Une troisième coalition, dominée, défend la durabilité des systèmes d’élevage extensifs. S’appuyant sur les bénéfices de leur intégration aux écosystèmes pâturés et sur l’importance des petits producteurs, elle rassemble des États, des agences de développement, des ONG et des organisations de la filière viande rouge. Sa position dominée tient à son incapacité à produire des évaluations globales crédibilisant son cadrage, ainsi qu’à sa dépendance financière envers la coalition dominante, qui conditionne son soutien à l’absence de critique des systèmes intensifs et à l’opposition aux régimes végétalisés. L’incorporation de la critique environnementale dans le champ résulte ainsi d’une alliance stratégique, mais asymétrique, entre les coalitions dominante et extensive. Si elle permet de contenir la coalition d’outsiders, elle révèle de profondes contradictions écologiques et sociales. Cette recherche contribue au néo-institutionnalisme en soulignant le rôle central des infrastructures de savoirs : en structurant les conditions de visibilité, de comparabilité et de crédibilité, elles façonnent les rapports de force entre cadrages concurrents.
Mots-clés
Élevage – Environnement – Changement climatique – Politiques internationales – Expertise
