LISIS
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Hippolyte Cediey

Doctorant, Inrae

Hippolyte CÉDIEY est doctorant en science politique au LISIS depuis septembre 2026. Il s’intéresse à l’activité des interprofessions agricoles, groupes d’intérêts regroupant et représentant les différents acteurs d’une même filière ou chaine de production. Sa thèse est dirigée par Eve FOUILLEUX (CNRS – LISIS, MoISA) et co-encadrée par Alexandre HOBEIKA (CIRAD – MoISA). Cette thèse s’inscrit dans le cadre d’une formation complémentaire par la recherche, constituant sa première affectation en tant qu’ingénieur des ponts, eaux et forêts. Il est diplômé de l’Ecole polytechnique en sciences environnementale (PA SDE) et d’AgroParisTech en aménagement des territoires et gestion de l’eau (DA IDEA).

Sujet de thèse : La place des interprofessions dans l’orientation des filières et la production et l’expression des intérêts agricoles

Résumé du projet de thèse en français :

Le secteur agricole français tel qu’il a été construit depuis les années 1960 fait face à plusieurs crises. Sur le plan économique, il fait face à des faiblesses structurelles, qui se manifestent par des crises récurrentes de revenu, le plafonnement des rendements, des dépendances fortes à l’import et à l’export, une vulnérabilité aux changements environnementaux, et les critiques sur la qualité de la production et des produits. Sur le plan politique, le gouvernement du secteur repose principalement sur un partenariat entre l’État et la FNSEA, syndicat agricole dit « majoritaire », mais ce dernier a progressivement vu son socle d’adhérents fortement diminuer et sa légitimité être contestée. Se pose la question de quels autres acteurs peuvent remplir cette fonction d’appui de l’État pour l’élaboration, la légitimation et la mise en œuvre des politiques agricoles à l’avenir.

Cette thèse interroge la contribution des interprofessions agricoles aux débats de politiques publiques pour le futur de l’agriculture française. Ces organisations sont des associations d’organisations agricoles et agro-alimentaires par filières. Elles sont intéressantes à double titre. Premièrement, l’État tente depuis le milieu des années 2010 de les mobiliser pour la fabrique des politiques agricoles (plans de filières Egalim, feuilles de route de décarbonation, conférences de la souveraineté alimentaire) et appelle à l’extension de leur périmètre (intégration des syndicats minoritaires en 2012, de la distribution récemment). Deuxièmement, les interprofessions sont des carrefours de groupes d’intérêts agricoles et agro-alimentaires, et à ce titre des observatoires de leurs rapports de compétition, d’alliance ou de division du travail dans le domaine de l’influence politique.

Nous proposons d’analyser la place et l’activité des interprofessions comme représentantes des filières agricoles, dans le but d’expliciter les positions qu’elles défendent et l’influence qu’elles exercent sur l’orientation de l’agriculture. Pour cela, nous commencerons par étudier, dans une première partie, les formes et structures des interprofessions, afin d’identifier les logiques qui fondent leurs périmètres et leurs fonctionnements.

Nous analyserons ensuite, dans une deuxième partie, le travail que les interprofessions réalisent au sein de leur filière, que l’on étudiera à partir des ressources qu’il mobilise jusqu’aux effets qu’il produit. Nous chercherons à retracer la trajectoire des idées et des controverses portant sur les politiques agricoles, à travers l’étude de questions relatives au partage de la valeur, aux enjeux sanitaires et à la transition agroécologique.

Nous nous intéresserons enfin, dans une troisième partie, au travail que les interprofessions déploient vers les pouvoirs publics et la société civile : nous traiterons de la manière dont les interprofessions représentent les intérêts de leur filière, mais aussi leur travail de construction de légitimité comme représentant des filières et interlocuteur des pouvoirs publics. Nous questionnerons le fonctionnement des interprofessions comme forums des politiques agricoles, espaces de production et de confrontation des visions du monde et de leur traduction en propositions de politiques publiques, qui alimentent les arènes, lieux d’interaction, d’influence et de négociations de l’action publique. Nous étudierons également l’action des interprofessions comme groupes d’intérêts, questionnant leur capacité à produire de la cohésion entre leurs membres et à porter des projets collectifs de filières.

 

Summary in english :

The French agricultural sector, as it has been structured since the 1960s, is currently facing multiple intertwined crises. Economically, it faces a number of structural weaknesses, reflected in recurring farm income crises, stagnating productivity gains, strong dependence on both imports and exports, growing vulnerability to environmental change, and increasing criticism regarding the quality of agricultural production and food products. Politically, the governance of the sector has long been founded on a corporatist partnership between the State and the FNSEA, the dominant farmers’ union. However, the FNSEA has progressively experienced a substantial decline in membership and an erosion of its political legitimacy. This raises the question of which other actors might assume this role alongside the State in the formulation, legitimation, and implementation of agricultural policies in the future.

We aim to study the contribution of French agricultural interprofessional associations (interprofessions) to public policy debates on the future of French agriculture. These organizations bring together agricultural and agri-food organizations within a given agricultural sector. They are interesting for two main reasons. First, since the mid-2010s, the French State has increasingly sought to incorporate them into agricultural policymaking in agricultural policy making (Egalim sector plans, decarbonization roadmaps, conférences de la souveraineté alimentaire), while successive reforms have expanded their scope of representation through the inclusion of minority farmers’ unions in 2012 and, more recently, retail actors. Second, interprofessional associations are places of interest intermediation where agricultural and agri-food interest groups interact. As such, they provide valuable observatories for examining processes of competition, coalition-building, and the division of political labour among organized interests engaged in agricultural policymaking.

We investigate the position and activities of interprofessional associations as representatives of agricultural sectors, with the objective of clarifying the policy positions they promote and the influence they exert on the direction of agricultural public policies. This work begins, in the first part, by examining their organizational structures in order to identify the logic behind their scopes and modes of governance.

In the second part we study the policy work carried out by interprofessional associations within their respective sectors, from the resources they mobilize to the effects they produce. The analysis seeks to reconstruct the circulation of ideas, expertise, and controversies surrounding agricultural governance through case studies focusing on value distribution along the value chain, sanitary and food safety issues, and the agroecological transition.

In the third and final part, we examine how interprofessional associations interact with public authorities and civil society, studying both their work in interest representation as well as the efforts through which they construct and sustain their legitimacy as representatives of agricultural sectors and as actors in the policymaking process. More broadly, we aim to analyze interprofessional associations as policy forums, which are institutionalized spaces in which competing understandings of agricultural problems and their possible solutions are articulated, confronted, and translated into policy proposals that subsequently feed policy arenas, where public policy is shaped through processes of influence and negotiation. We also aim to analyze interprofessional associations as interest groups, assessing their capacity to generate internal cohesion, reconcile heterogeneous interests, and sustain collective action in their respective agricultural sectors.